Pourquoi certains jours avez-vous envie de tout entreprendre, alors que d'autres vous demandent simplement de ralentir ? Pourquoi avez-vous parfois davantage faim ? Pourquoi votre sommeil, votre humeur, votre énergie ou vos sensations corporelles semblent-ils changer ? Et si, avant de penser que votre corps fonctionne mal, nous commencions simplement par comprendre ce qui s'y passe ?
Le corps féminin n'est pas une machine qui fonctionnerait exactement de la même façon chaque jour. Au cours d'un cycle menstruel ovulatoire spontané, plusieurs hormones évoluent. Ces variations participent à la préparation de l'ovulation, puis à la préparation éventuelle d'une grossesse et, en l'absence de grossesse, au déclenchement des menstruations.
Pour rendre ce fonctionnement facile à visualiser, nous allons utiliser l'image de quatre saisons intérieures : un printemps, un été, un automne, un hiver.
Ces saisons sont une métaphore pédagogique. Votre corps ne possède évidemment pas quatre saisons biologiques officielles, et aucune femme n'est obligée de ressentir les émotions ou le niveau d'énergie décrits dans chaque phase. Les différences sont grandes entre les femmes — et même entre deux cycles chez une même femme.
L'objectif n'est jamais « à tel moment vous devez ressentir ceci ». Il est : comprendre, observer, repérer vos propres tendances, puis vous adapter.
Avant les saisons : comprendre son cycle en deux minutes
Le cycle menstruel est une succession d'étapes qui se répètent. On peut le résumer en une petite frise :
Règles → phase folliculaire → ovulation → phase lutéale → nouvelles règles
Le jour 1 du cycle est le premier jour des règles. C'est la seule référence facile à repérer soi-même.
Un cycle n'est pas obligatoirement de 28 jours. Ce chiffre est une moyenne pédagogique très utilisée, mais les cycles naturels peuvent être plus courts ou plus longs, et varier d'un mois à l'autre chez une même personne. De la même façon, l'ovulation n'a pas systématiquement lieu au 14e jour : c'est un repère théorique, pas une horloge.
Les principaux messagers hormonaux
- Les œstrogènes : hormones dont les concentrations évoluent notamment pendant la phase folliculaire, avec une augmentation globale à l'approche de l'ovulation.
- La progestérone : elle augmente principalement après l'ovulation, lorsque le corps jaune se forme.
- La FSH (hormone folliculo-stimulante) : elle aide notamment au développement des follicules ovariens.
- La LH (hormone lutéinisante) : son pic participe au déclenchement de l'ovulation.
Imaginez une conversation permanente entre le cerveau, les ovaires et l'utérus. Les hormones font partie des messagers qui permettent à ces organes de coordonner le cycle. Aucun de ces messagers ne « commande » votre humeur ou votre valeur : ils coordonnent un processus biologique.
🌱 Saison 1 — Le printemps : la phase folliculaire
Sur le plan physiologique, la phase folliculaire commence dès le début des règles. Pour la métaphore des saisons, on utilise plutôt le « printemps » pour illustrer la période qui suit les premiers jours menstruels et qui avance vers l'ovulation.
Dans les ovaires, plusieurs follicules commencent leur développement. L'un d'eux devient généralement dominant. Les concentrations d'œstrogènes évoluent et augmentent globalement à l'approche de l'ovulation, tandis que l'endomètre — la muqueuse qui tapisse l'utérus — s'épaissit progressivement.
Certaines femmes rapportent à ce moment davantage d'énergie, une humeur différente, ou davantage d'envie de bouger et d'entreprendre.
Ce sont des tendances possibles, rapportées par une partie des femmes — pas un programme imposé par vos hormones. Ne rien ressentir de particulier est tout aussi normal.
Application concrète : observer plutôt qu'obéir
Plutôt que d'appliquer une consigne, prenez quelques secondes chaque jour pour noter ce que vous constatez réellement : votre énergie, votre sommeil, votre faim, votre concentration, votre envie de bouger, votre humeur. Aucun comportement n'est obligatoire ; seule l'observation compte à ce stade.
☀️ Saison 2 — L'été : autour de l'ovulation
L'ovulation, dite simplement : un ovocyte est libéré par l'ovaire. Ce moment est précédé d'une élévation marquée de la LH — le fameux « pic de LH » — qui participe au déclenchement de cette libération.
Comment savoir que j'ovule ?
Plusieurs indices possibles existent :
- une évolution de la glaire cervicale, souvent plus abondante et plus filante ;
- parfois une sensation ou une douleur d'un côté du bas-ventre ;
- parfois une modification de la libido ;
- une température basale qui augmente légèrement après l'ovulation.
Aucun symptôme isolé ne permet nécessairement de dater précisément l'ovulation. Et toutes les femmes ne ressentent pas leur ovulation : ne rien percevoir ne signifie pas qu'elle n'a pas lieu.
Le jour 14 est une moyenne théorique issue du cycle de 28 jours. Dans la vraie vie, le moment de l'ovulation varie selon les femmes et selon les cycles. Construire toute sa compréhension autour de « J14 » conduit souvent à se croire « anormale » sans raison.
🍂 Saison 3 — L'automne : la phase lutéale
Après l'ovulation, le follicule se transforme en corps jaune. Celui-ci produit notamment de la progestérone, une hormone qui contribue à préparer et à maintenir l'endomètre en vue d'une éventuelle implantation. Si aucune grossesse ne débute, les concentrations hormonales diminuent ensuite, et un nouveau cycle commence avec les règles.
Sur le plan des sensations, certaines femmes constatent avant leurs règles : davantage de faim ou d'appétit, certaines envies alimentaires, des seins sensibles, des ballonnements, de la fatigue, de l'irritabilité, une sensibilité émotionnelle plus vive, ou un sommeil différent. D'autres ne remarquent presque rien. Les deux situations existent.
Des recherches observent, en moyenne, des variations de l'apport énergétique au cours du cycle, avec une consommation pouvant être supérieure pendant la phase lutéale dans certaines études et populations. Mais la variabilité individuelle est importante : il n'existe pas de « nombre de calories supplémentaires » universel à appliquer à toutes les femmes.
Le SPM expliqué sans jargon
Le syndrome prémenstruel (SPM) désigne un ensemble de symptômes physiques et émotionnels qui apparaissent avant les règles et qui s'améliorent généralement avec leur arrivée ou peu après.
Il est utile de distinguer deux réalités très différentes :
- « Je remarque quelques changements » : quelques jours un peu plus sensibles, un appétit différent, une fatigue passagère.
- « Mes symptômes perturbent réellement mon travail, ma vie sociale, mon sommeil ou mes relations » : là, il ne s'agit plus d'un simple inconfort.
Lorsque les symptômes sont importants, en parler à un professionnel de santé est légitime et utile. Une souffrance marquée ne doit jamais être balayée d'un « ce sont juste les hormones ».
❄️ Saison 4 — L'hiver : les menstruations
En l'absence de grossesse, les concentrations hormonales diminuent et la partie superficielle de l'endomètre est éliminée : ce sont les règles.
Le sang menstruel n'est pas du « mauvais sang », et les règles ne sont pas un mécanisme de détoxification. Il s'agit de l'élimination d'une muqueuse qui avait été préparée, accompagnée de sang.
Certaines femmes peuvent ressentir des crampes, de la fatigue, une baisse d'énergie, un inconfort digestif, des maux de tête, ou un besoin de ralentir. D'autres fonctionnent presque normalement.
Il n'existe pas une bonne manière d'avoir ses règles. Ni « tenir bon coûte que coûte », ni « s'arrêter obligatoirement ».
Faut-il adapter son sport à son cycle ?
Beaucoup de contenus sur les réseaux sociaux proposent des règles très rigides. Soyons honnêtes : les hormones varient bien au cours du cycle, mais les recherches sur les performances sportives ne permettent pas aujourd'hui de bâtir un programme universel du type « telle semaine = musculation », « telle semaine = cardio », « pendant les règles = repos obligatoire ».
Les revues systématiques disponibles montrent une grande variabilité entre les femmes et des effets moyens souvent faibles, incertains ou inconsistants selon les critères étudiés.
La conclusion pratique est simple : n'entraînez pas un corps d'après un calendrier théorique. Posez-vous plutôt la question du jour : « Aujourd'hui, comment je me sens réellement ? »
- Énergie excellente : votre entraînement habituel est possible.
- Douleurs ou fatigue importantes : adaptez l'intensité, la durée, ou récupérez davantage si nécessaire.
- Aucun changement perçu : aucune raison de vous imposer une adaptation.
Votre ressenti individuel vaut davantage qu'un calendrier Instagram.
Faut-il manger différemment à chaque phase ?
Même principe : il n'existe pas quatre régimes hormonaux. Une alimentation équilibrée reste la base, quel que soit le jour du cycle :
- des protéines adaptées à vos besoins ;
- des fruits et des légumes ;
- des sources de fibres ;
- des glucides selon vos besoins et votre activité ;
- de bonnes sources de lipides ;
- une hydratation suffisante.
Si votre faim augmente à certains moments, ne l'interprétez pas immédiatement comme un manque de contrôle. Apprenez plutôt à distinguer ce qui se joue : une faim physiologique, une envie, une habitude, une fatigue, une émotion, ou un réel besoin énergétique.
C'est exactement le travail décrit dans notre article « Retrouver ses signaux de satiété : un travail plus intérieur qu'alimentaire ».
Votre cycle n'est pas un agenda qui vous donne des ordres
La métaphore printemps / été / automne / hiver peut être merveilleuse pour apprendre à observer son corps. Elle devient problématique lorsqu'elle se transforme en injonction :
- « Vous devez créer au printemps. »
- « Vous devez être sociable à l'ovulation. »
- « Vous devez ralentir avant vos règles. »
- « Vous devez vous isoler pendant vos règles. »
Non. La science ne permet pas d'imposer ces comportements à toutes les femmes. Deux femmes au même jour de leur cycle peuvent se sentir complètement différentes. Et une même femme peut vivre deux cycles de manière très différente, selon son sommeil, son stress, sa charge de travail ou sa santé du moment.
Et si vous arrêtiez de suivre le cycle des autres pour découvrir le vôtre ?
Voici l'outil le plus utile de cet article. Pendant environ deux à trois cycles, notez chaque jour, en une minute :
- Jour du cycle : ____
- Énergie : __/10
- Faim : __/10
- Sommeil : __/10
- Humeur : __/10
- Stress : __/10
- Activité physique : ____
- Douleurs / inconfort : __/10
- Envies alimentaires particulières : ____
- Autres observations : ____
Au bout de plusieurs semaines, cherchez des répétitions, pas des exceptions. Les découvertes ressemblent souvent à cela :
- « Je pensais être toujours épuisée avant mes règles, mais mon journal montre surtout que je dors moins trois jours avant. »
- « Je remarque réellement une augmentation répétée de mon appétit avant mes règles. »
- « Finalement, mon énergie varie davantage avec mon sommeil et mon stress qu'avec mon cycle. »
Voilà l'objectif : connaître son corps, plutôt que lui appliquer un modèle préfabriqué. Si le sommeil ressort comme facteur dominant, notre article « Chronotype : et si vous vous forciez à vivre dans le mauvais rythme ? » vous aidera à aller plus loin.
Contraception hormonale : attention à la comparaison
La contraception hormonale peut modifier ou supprimer certains événements et profils hormonaux du cycle naturel, selon la méthode utilisée. Par conséquent, les « quatre saisons » d'un cycle ovulatoire spontané ne s'appliquent pas automatiquement à une personne utilisant une contraception hormonale.
De la même façon, la grossesse, le post-partum, l'allaitement et la périménopause constituent des contextes hormonaux particuliers, qui méritent leurs propres repères — et, si besoin, l'accompagnement d'un professionnel de santé.
Quand en parler à un professionnel ?
Il ne s'agit pas de s'inquiéter, mais de ne pas rester seule face à ce qui gêne réellement. Un avis médical est utile notamment en cas de :
- douleurs menstruelles très importantes ;
- règles extrêmement abondantes ;
- malaise ;
- fatigue importante et persistante ;
- cycles très irréguliers ou changement inhabituel ;
- absence inexpliquée de règles ;
- saignements inhabituels ;
- symptômes prémenstruels ayant un impact majeur sur la vie quotidienne.
Un professionnel pourra rechercher différentes causes. Un seul symptôme ne permet jamais de conclure à une endométriose, un SOPK, une anémie ou un trouble hormonal.
À retenir
- Le premier jour des règles correspond au jour 1 du cycle.
- Un cycle n'est pas obligatoirement de 28 jours.
- L'ovulation n'a pas obligatoirement lieu au jour 14.
- Les œstrogènes et la progestérone évoluent au cours d'un cycle ovulatoire.
- Certaines sensations peuvent évoluer au cours du cycle, mais leur intensité varie énormément selon les personnes.
- Il n'existe pas quatre régimes alimentaires ni quatre programmes sportifs universels correspondant aux quatre phases.
- La meilleure façon de comprendre son propre fonctionnement est de l'observer sur plusieurs cycles.
- Des symptômes importants ou invalidants méritent une consultation.
« Comprendre son cycle, ce n'est pas organiser sa vie autour de ses hormones. C'est apprendre à reconnaître les messages de son corps pour pouvoir décider avec lui plutôt que contre lui. »
— Fanny Therapist
« Les saisons sont une carte. Votre corps reste le territoire. »
— Fanny Therapist
Les contenus du Carnet de Fanny sont fournis à titre d'information et ne remplacent pas un avis médical individualisé.


